Sacrifié sur une aile malgré son efficacité : l’incompréhensible gestion de Franjo Ivanovic

Il est l’une des curiosités statistiques de ce début de saison artésien. Débarqué en Artois cet été dans le cadre d’un prêt sec en provenance du Benfica Lisbonne, Franjo Ivanovic incarne un paradoxe absolu.

Très peu utilisé depuis son arrivée, l’international croate affiche pourtant un rendement clinique : avec deux réalisations en seulement 180 minutes passées sur les pelouses de Ligue 1, il s’est d’ores et déjà hissé parmi les attaquants les plus prolifiques du championnat au regard de son temps de jeu.

Un volume de jeu XXL pour compenser un exil tactique

Ses premiers pas sous le maillot sang et or avaient pourtant suscité quelques crispations. Lors de sa première titularisation remarquée face à l’AJ Auxerre à Bollaert, sa première période avait été marquée par un déchet technique important et une maladresse qui poussaient certains observateurs à réclamer sa sortie. Mais Ivanovic a su retourner le public par son abnégation. Doté d’un coffre impressionnant, son pressing incessant et son dévouement aux tâches défensives ont rapidement séduit les travées artésiennes, balayant les doutes initiaux.
Si sa justesse technique a parfois vacillé, c’est aussi parce que Dino Toppmöller l’avait éloigné de sa zone de confort. Plutôt que de l’aligner à son poste de prédilection d’avant-centre, le technicien allemand l’avait exilé sur l’aile gauche, préférant confier la pointe à Abdallah Sima. Un choix assumé et défendu publiquement par l’ex-coach, qui estimait que cet excentrement permettait au jeune attaquant de s’acclimater à la rugosité de la Ligue 1 sans subir l’impact physique frontal des charnières centrales, tout en exploitant son énorme générosité dans le couloir.
Avec le limogeage de l’Allemand, Yannick Cahuzac semblait avoir l’opportunité de le recentrer. Pourtant, sur le Rocher monégasque (défaite 1-2), le nouvel homme fort du banc a maintenu Sima en numéro 9, préférant même lancer Odsonne Edouard en fin de rencontre, laissant le Croate dans une certaine incertitude tactique.

Un pragmatisme assumé face à un avenir scellé

Cette efficacité redoutable, qui lui a rouvert les portes de la sélection croate, a fait naître un certain enthousiasme chez les supporters lensois. Un engouement que le principal intéressé s’est chargé d’éteindre avec une froide lucidité. Récemment interrogé en conférence de presse, Franjo Ivanovic n’a fait aucune déclaration d’amour feinte au RC Lens, rappelant l’évidence de sa situation contractuelle : « Je suis très content d’être venu à Lens, je pense que c’était une bonne étape pour moi. […] Mais je suis un joueur de Benfica, je serai de retour l’été prochain, on verra. »

Un discours distant, presque clinique, qui reflète simplement la réalité économique de son dossier. Prêté sans aucune option d’achat et valorisé à hauteur de 15 millions d’euros, l’attaquant sait pertinemment que le RC Lens, contraint à une cure de rigueur financière cet été, n’aura pas les moyens de le conserver. Le Croate n’est que de passage, il faut en être conscient, et il compte bien optimiser chaque minute pour soigner son retour à Lisbonne.

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