De la zen attitude au volcan, le RC Lens va changer de thermomètre

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Après une saison placée sous le signe du flegme et de la sérénité, Bollaert s’apprête à vivre au rythme d’un duo autrement plus inflammable. Dino Toppmöller sur le banc, Yannick Cahuzac à ses côtés : le Racing tourne la page du philosophe jurassien pour embrasser la culture du feu.
Il y a des successions qui se font dans la continuité, et d’autres qui ressemblent davantage à une rupture de style. Celle que le RC Lens est en train de vivre appartient résolument à la seconde catégorie, même si, sur le papier, les intentions tactiques restent comparables. Car entre Pierre Sage, l’homme qui a guidé le Racing vers la Coupe de France et la Ligue des champions dans un silence quasi monastique, et le duo Dino Toppmöller-Yannick Cahuzac qui s’apprête à lui succéder, il n’y a pas seulement un changement de banc. Il y a un changement de température.

L’ère Sage, ou le coaching comme art du sang-froid

Nommé en juin 2025, Pierre Sage avait débarqué à Bollaert avec le profil du technicien discret, forgé dans l’ombre des terrains amateurs du Jura avant de s’imposer à Lyon comme l’un des meilleurs managers de Ligue 1. Son arme principale n’était ni la gueulante ni le poing sur la table. Son adjoint Jamal Alioui le décrivait comme quelqu’un qui « ne laisse jamais rien transparaître », c’était « la zénitude, la tranquillité ». Pierre Sage lui-même assumait pleinement cette marque de fabrique : « Cela fait partie de ma personnalité. La pression est de bien jouer, le reste c’est pour les autres. »

Cette philosophie du calme aura produit une saison historique. Le 22 mai 2026, au Stade de France, Lens battait Nice 3-1 pour soulever la Coupe de France pour la première fois de son histoire. Le club terminait également deuxième de Ligue 1, décrochant un billet pour la Ligue des champions. Une saison que les supporters lensois n’oublieront pas, accomplie dans une atmosphère de sérénité méthodique, avec un entraîneur qui ne se levait que rarement de son siège.

Toppmöller : l’école allemande, et les nerfs qui vont avec

Son successeur, Dino Toppmöller, nommé le 16 juin 2026, vient d’un autre monde, au sens propre comme au sens figuré. L’homme n’a rien du stoïcien jurassien. À Francfort, il a lui-même reconnu avoir plusieurs fois « élevé la voix ». Et face à l’OL en décembre 2024, il avait carrément été expulsé au bord du terrain, un carton rouge qu’il jugeait « ridicule », mais qui en disait long sur son rapport à l’arbitrage et à la pression des grands soirs. Sa devise affichée dès sa présentation au Racing résume l’état d’esprit : « Je veux une équipe qui ne lâche rien, qui joue avec le cœur et l’envie de tout donner pour ce maillot. » Du Sage en moins tempéré…

Cahuzac : le bouillant en embuscade

Si Toppmöller apporte son tempérament allemand bien trempé, il aura à ses côtés un adjoint dont le thermomètre intérieur a toujours joué dans le rouge. Arrivé à Lens en 2019 comme joueur, Yannick Cahuzac avait rapidement conquis le vestiaire par son tempérament et son sens du collectif. Sa carrière de joueur portait déjà sa signature : en octobre 2014, avec Bastia, il avait été exclu pour avoir bousculé l’arbitre Tony Chapron lors d’un match contre Nantes, avant d’être suspendu cinq matchs par la commission de discipline.
La reconversion n’a pas calmé le jeu. Adjoint à Lorient, il a encore fait l’objet d’une sanction de la Commission de Discipline de la LFP en mai 2026. Partout où il est passé, il a laissé la même empreinte : un relais de terrain précieux, respecté, capable d’apporter intensité et exigence au quotidien. Des qualités précieuses, à condition que l’intensité reste dans les clous, ce qui, avec Cahuzac, n’est jamais tout à fait garanti.

Un paradoxe artésien

Il y a quelque chose d’irréel dans la trajectoire du RC Lens de ces douze derniers mois. Le club a vécu sa plus belle saison de l’ère moderne sous la houlette d’un entraîneur que l’on décrivait volontiers comme l’antithèse du tempérament lensois, flegmatique dans un environnement qui carbure à l’émotion, posé dans une ville qui aime que ça brûle. Et ça a fonctionné au-delà de toute espérance.
Le voici désormais confié à un Allemand à l’expulsion facile et à un Corse dont les cartons disciplinaires jalonnent la carrière comme des jalons d’une vie bien remplie. Sur le papier, l’adéquation avec l’ADN de Bollaert semble plus évidente.
Reste une question ouverte : dans la Ligue des champions qui s’annonce, quand les coups de pression s’accumulent et que les nuits européennes chauffent les esprits, le tandem Toppmöller-Cahuzac saura-t-il rester sur le banc ? Ou Bollaert va-t-il revivre les grandes heures du coaching émotionnel à l’artésienne, cartons jaunes inclus ?

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