Arrivé cet été pour piloter le projet sportif de l’ESTAC, Jocelyn Blanchard, l’ancien milieu et dirigeant du RC Lens a été remercié avec effet immédiat ce vendredi. Déjà visé par une enquête interne pour des comportements déplacés envers des salariées, il est désormais dans le collimateur de la justice. Récit d’un naufrage en seulement trois mois.
L’ESTAC n’a pas attendu les conclusions des enquêteurs pour trancher dans le vif. Par un communiqué laconique publié ce vendredi, le club aubois a officialisé la fin de sa collaboration « avec effet immédiat » avec son directeur sportif, Jocelyn Blanchard. Si la direction troyenne s’est bien gardée d’expliciter les raisons de cette rupture soudaine, préférant évoquer son désir d’assurer « la continuité de son projet sportif » et la recherche imminente d’un successeur, le contexte sulfureux entourant le dirigeant de 54 ans ne laisse aucune place au doute. L’aventure, entamée en juillet dernier, s’est fracassée sur le mur des accusations.
De la cellule de crise interne à l’intervention de la police
L’étau s’est violemment resserré autour de l’ancien Sang et Or. Comme nous l’évoquions début octobre, le point de départ de cette chute libre trouve sa source dans les révélations explosives du journaliste Romain Molina. Depuis son arrivée, Jocelyn Blanchard était accusé d’avoir instauré un climat toxique au sein du club promu. Plusieurs salariées avaient fait remonter des signalements accablants dénonçant une litanie d’attitudes inappropriées : remarques à caractère sexiste, sous-entendus répétés et gestes déplacés. Des agissements qui auraient contaminé tant les bureaux du club que les loges du Stade de l’Aube les soirs de match.
Face à ce malaise profond, le City Football Group (CFG), propriétaire de l’ESTAC, avait rapidement activé son protocole de « safeguarding ». Fin septembre, Elisa Sicking-Bressler, responsable de la protection des personnes vulnérables au sein du CFG, avait même fait le déplacement depuis Manchester pour mener une série d’auditions.
Mais ce qui n’était jusqu’ici qu’un scandale interne a franchi un cap décisif et fatal ce vendredi. L’Est Éclair a révélé que la justice s’est officiellement saisie du dossier. La procureure de la République de Troyes, Isabelle Verissimo, a confirmé l’ouverture d’une enquête judiciaire visant directement Jocelyn Blanchard pour comportements sexistes. Les investigations ont été confiées au commissariat de Troyes. La goutte d’eau de trop pour l’ESTAC, qui a immédiatement coupé les ponts.
Un héritage lensois entaché
Pour Jocelyn Blanchard, qui pensait relancer sa carrière de dirigeant après son départ de Dunkerque fin 2023, ce passage dans l’Aube s’apparente à un véritable cauchemar. Celui qui a ardemment défendu le maillot du RC Lens sur les terrains entre 1999 et 2003, avant d’en façonner la politique sportive de 2013 à 2017, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un scandale retentissant.
S’il reste, à ce stade des investigations, présumé innocent des faits qui lui sont reprochés, sa brutale mise à l’écart par son employeur et la judiciarisation de l’affaire marquent un point de rupture brutal dans sa trajectoire professionnelle. Une descente aux enfers fulgurante, laissant l’ESTAC à la recherche d’un nouveau cap.
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