L’arbre pragois ne pouvait pas cacher la forêt éternellement. Si le succès arraché au courage face au Slavia Prague (3-2) en ouverture avait des allures de petit miracle, la froide clinique imposée par le Sporting Portugal (0-2) a agi comme un brutal révélateur.
Aujourd’hui, l’évidence saute aux yeux : le RC Lens souffre d’un déficit de talent intrinsèque pour exister durablement dans la plus prestigieuse des compétitions européennes.
Thauvin trop esseulé, Ivanovic perdu dans l’animation
Le premier symptôme de ces limites se lit dans l’animation offensive. Florian Thauvin, capitaine courageux et omniprésent, ne peut décemment pas porter toutes les responsabilités sur ses seules épaules. Face à des blocs de niveau C1, l’ancien Marseillais subit un marquage d’une toute autre exigence qu’en Ligue 1. Il ne peut pas simultanément initier les mouvements et se trouver à la conclusion.
Il devrait logiquement être suppléé par Franjo Ivanovic, recruté précisément pour apporter une plus-value sur la scène continentale. Or, le Croate peine à déclencher le déclic psychologique. Plus inquiétant encore, son utilisation tactique interroge. Consigné à des tâches de repli défensif éreintantes, l’attaquant dézone en permanence. Résultat : la surface de réparation se transforme en désert lorsque Thauvin, Udol ou Abdulhamid s’appliquent à distiller des centres qui ne trouvent irrémédiablement personne. Quant à Odsonne Edouard, il est vraisemblablement victime d’obsolescence programmée…
Un gouffre entre les cadres et la jeunesse
La marche européenne a également mis en exergue le grand écart d’expérience au sein du vestiaire. Hormis Matthieu Udol, parfaitement au diapason de l’événement dans son couloir, et Amadou Haïdara, auteur de son match référence depuis son arrivée en janvier et qui a fait parler son précieux vécu (39 rencontres de C1), le reste de l’équipe semble évoluer un ton en dessous de l’exigence requise.
La charnière centrale en est la parfaite illustration. Propulsés dans le grand bain, les prometteurs Ismaëlo Ganiou (21 ans) et Kyllian Antonio (18 ans) ont mesuré le gouffre qui les sépare encore du très haut niveau. La titularisation de Baidoo, insuffisamment préparé, fut une circonstance aggravante. Pour résister à une telle intensité sur 90 minutes, l’apprentissage s’annonce encore long.
Le spectre de 2023 et l’ultimatum de Bruges
Ce constat d’impuissance ravive inévitablement la nostalgie de la campagne 2023-2024. Il y a trois ans, avec un groupe nettement plus mature et outillé, Bollaert était resté une forteresse imprenable, terrassant Arsenal (2-1) et le Séville FC (2-1), tout en tenant tête au PSV Eindhoven (1-1).
Le club artésien nourrissait le secret espoir de s’appuyer sur sa ferveur à domicile pour arracher une place dans le top 24 de cette nouvelle formule. Ce faux pas inaugural à la maison compromet déjà sérieusement ce plan de marche. Pour conserver de réelles ambitions européennes, le RC Lens est désormais condamné à l’exploit : il faudra impérativement ramener une victoire de Bruges dès mercredi prochain. Mais au-delà de la comptabilité, c’est bien le manque de talents de cet effectif 2026-2027 qui pose aujourd’hui question.
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