L’accélération brutale du calendrier par la LFP sonne comme un aveu d’échec. En décidant de lancer dès le mois de novembre un nouvel appel d’offres global pour la période 2027-2032, Olivier Bramly (directeur général de LFP Media) a virtuellement signé l’arrêt de mort de Ligue 1+.
Une manœuvre d’urgence qui, sur le court terme, s’apparente à un véritable suicide commercial : comment la Ligue espère-t-elle convaincre les supporters encore indécis de franchir le pas et de s’abonner pour cette saison 2026-2027, sachant que la plateforme est d’ores et déjà condamnée à disparaître ou à être absorbée l’été prochain ?
Le mirage financier et la panique des clubs
Si la LFP précipite les choses au lieu d’attendre l’horizon 2029 comme initialement conseillé, c’est que les clubs de l’élite sont exsangues. L’aventure de la chaîne « maison », bien que saluée pour sa qualité éditoriale, est un gouffre financier. Orphelins des 78,5 millions d’euros par saison garantis jadis par beIN Sports, les clubs doivent aujourd’hui se contenter des maigres bénéfices nets générés par les abonnements à Ligue 1+.
Quelques millions d’euros par club, à peine de quoi survivre. L’état d’esprit des dirigeants a radicalement changé, à l’image d’Olivier Létang (LOSC) qui rappelle que le métier des clubs n’est pas de distribuer une chaîne de télévision. L’espoir de tout un écosystème repose désormais sur la vente de ce « lot unique » à un géant du numérique (Netflix, Apple, Prime Video) capable de signer un chèque salvateur, ou du moins de racheter l’exclusivité de la distribution de Ligue 1+ pour limiter la casse.
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L’évolution amère de Joseph Oughourlian
Dans ce fiasco stratégique, la posture de Joseph Oughourlian illustre parfaitement la désillusion ambiante. Il y a encore quelques mois, le président du RC Lens était l’un des plus ardents défenseurs d’une chaîne 100 % LFP. Convaincu que c’était l’unique moyen de maîtriser son destin à long terme, il fustigeait l’alternative antérieure DAZN, qualifiant ce choix d’erreur encore plus monumentale que le traumatisme Mediapro.
Mais face à la violente réalité des chiffres, le discours du patron artésien a évolué. S’il croit toujours au concept initial, il impute le naufrage actuel à l’amateurisme du conseil d’administration dirigé par Vincent Labrune. Dénonçant une gestion et des décisions « grotesques et absurdes », Oughourlian a même fini par claquer la porte des instances dirigeantes pour ne plus avoir à cautionner cette politique.
Libéré de ses obligations institutionnelles et s’interdisant désormais d’intervenir directement dans les négociations, le président Sang et Or a revu sa copie : il ne voit aujourd’hui « pas de côté négatif » au lancement de ce nouvel appel d’offres. Pour sauver les finances du football français et de son club, l’arrivée d’un mastodonte de la SVOD est désormais perçue comme une bouée de sauvetage inespérée, bien loin de l’indépendance télévisuelle dont il rêvait.
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