Il y a des buts qui valent trois points. Et puis il y a ceux qui racontent une histoire. Celui inscrit par Ruben Aguilar hier soir à Prague appartient clairement à la deuxième catégorie. Alors que le RC Lens semblait avoir laissé filer sa première soirée de Ligue des Champions, le piston de 33 ans a surgi au bout du temps additionnel pour offrir aux Sang et Or une victoire complètement folle face au Slavia (3-2).
Entré en jeu à l’heure de jeu, Aguilar n’avait certainement pas imaginé devenir le héros de la soirée. Encore moins de cette manière.
Un éclair sorti de nulle part
Il reste alors quelques secondes à jouer lorsque le ballon revient dans les pieds du Lensois. Aguilar file vers le but, se retrouve aux abords de la surface et constate qu’aucune solution évidente ne s’offre à lui. Plutôt que de chercher une passe compliquée, il tente sa chance. Une frappe du droit, parfaitement croisée. Le ballon file dans le petit filet opposé de Markovic. 93e minute. 3-2 pour Lens.
Deux minutes plus tôt, Florian Thauvin avait déjà remis le Racing à hauteur d’une tête improbable sur un centre de Mezian Mesloub. Et voilà que son ancien partenaire de formation à Grenoble venait de compléter le scénario le plus invraisemblable imaginable.
Le RC Lens venait de renverser le Slavia en deux minutes de temps additionnel.
« Pourquoi pas la tenter ? »
Aguilar a raconté après la rencontre une action finalement beaucoup moins préméditée que le résultat pourrait le laisser penser : » Honnêtement, je vois que j’intercepte le ballon, je me dis que ça me met face au but. Je ne vois pas trop de solutions, je me dis pourquoi pas, on la tente. Et puis, Régis Gurtner, peut vous dire, cette semaine, je lui ai mis la même, donc ça a payé. «
Le plus étonnant reste peut-être la réaction du principal intéressé après son but. L’ancien monégasque reconnaissait ne pas avoir immédiatement réalisé ce qu’il venait d’accomplir. Avec le recul, il le classe déjà parmi les trois scénarios les plus fabuleux de sa carrière.
Le vieux soldat que personne n’attendait
Cette histoire colle finalement assez bien au parcours d’Aguilar à Lens. Le défenseur n’est pas forcément le premier nom qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque les cadres du Racing. Il a même connu plusieurs périodes durant lesquelles sa place dans le onze semblait loin d’être garantie, mais il n’a jamais cessé de travailler.
Lorsque Saud Abdulhamid lui avait pris le poste de piston droit la saison dernière, Aguilar n’a pas fait de bruit. Il a continué à se battre pour retrouver sa place. Cette saison encore, Dino Toppmöller lui avait préféré Michał Skóraś au coup d’envoi de cette première soirée européenne. Le Polonais, qui n’est pourtant pas un spécialiste du poste, était titularisé à droite.
Et lorsque le Racing a eu besoin d’un joueur capable d’apporter davantage sur le côté, Toppmöller l’a lancé. Le technicien allemand expliquera d’ailleurs après la rencontre qu’il recherchait avec Aguilar un latéral capable de beaucoup monter. Un choix qui s’est finalement révélé décisif dans cette fin de match complètement débridée.
L’expérience, ça compte aussi en Ligue des Champions
Ce but ne doit pas faire oublier le contexte. Face au Slavia, Lens avait choisi de démarrer avec une défense extrêmement jeune : Kevin Antonio, Ismaëlo Ganiou et Souleymane Sagnan. Jean-Clair Todibo et Jonathan Gradit, pourtant plus expérimentés, étaient restés sur le banc, jugés encore trop justes. Et la jeunesse lensoise a parfois souffert face aux vagues tchèques.
Le Racing a concédé deux buts à Šturm alors même que le Slavia évoluait à dix depuis la 49e minute. Il a fallu attendre les dernières secondes pour que les Sang et Or exploitent enfin pleinement leur supériorité numérique.
Dans ce contexte, l’expérience d’un joueur comme Aguilar prend forcément une autre dimension.
À 33 ans, avec près de 400 matches professionnels au compteur, il connaît ces soirées où il faut savoir rester debout lorsque tout semble partir de travers. Et hier, il a surtout montré qu’un joueur d’expérience ne sert pas uniquement à calmer un match. Parfois, il sert aussi à le gagner.
Aguilar peut-il rebattre les cartes ?
Sa prestation pose désormais une question à Dino Toppmöller. Le coach allemand réclamait depuis plusieurs semaines davantage d’expérience dans son groupe. À Prague, il a pourtant privilégié une jeunesse assumée derrière, avant de faire entrer plusieurs joueurs plus expérimentés pour tenter de renverser la rencontre.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une frappe exceptionnelle dans le temps additionnel suffit à bouleverser une hiérarchie. Sa prestation contre Lorient, quelques jours plus tôt, n’avait d’ailleurs pas été très convaincante.
Mais dans une compétition où la pression, la gestion des temps faibles et l’expérience des grands rendez-vous comptent énormément, Aguilar apporte un vécu que certains de ses concurrents ne possèdent pas encore.
Et il vient de rappeler, de la manière la plus spectaculaire possible, qu’il ne faut jamais enterrer trop vite le vieux soldat.
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