Un été, deux départs qui pèsent une tonne dans l’entrejeu lensois. D’un côté Adrien Thomasson, la boussole technique, parti retrouver Franck Haise à Rennes. De l’autre Mamadou Sangaré, le métronome malien vendu à Brentford pour 48 millions d’euros, plus grosse vente de l’histoire du club.
Pour combler ce double vide, Lens a jeté son dévolu sur Yacine Titraoui, 23 ans, tout proche de s’engager en provenance de Charleroi. Mais à qui ce profil ressemble-t-il vraiment ?
Fiche joueur : Yacine Titraoui
Nom complet : Yacine Mohamed El Ghazali Titraoui
Né le 26 juillet 2003 à M’Sila, en Algérie
Taille : 1,80 m
Poste : milieu central, repositionné cette saison en sentinelle devant la défense
Pied fort : droit
Club actuel : R Charleroi SC
Contrat : jusqu’au 30 juin 2027, option club d’une saison supplémentaire
Sélection : Algérie (5 capes), déjà champion avec les U20 lors de la Coupe arabe de la FIFA 2021
De M’Sila à Bollaert, en passant par Alger
Yacine Titraoui est un pur produit du Paradou AC, l’une des académies les plus réputées d’Algérie, celle qui a notamment formé Adem Zorgane et Nadhir Benbouali, deux noms qu’il retrouvera d’ailleurs plus tard à Charleroi. Il grimpe tous les échelons avant de faire ses débuts pros le 9 août 2021, à seulement 18 ans, lors d’une défaite face à l’USM Alger. Cinq jours plus tard, il inscrit déjà son premier but professionnel contre le NA Hussein Dey. En trois saisons pleines avec le club algérois, il dispute 85 matchs pour 13 buts et 12 passes décisives, des chiffres solides pour un milieu axial encore adolescent.
Direction la Belgique à l’été 2024 : Charleroi met 1,2 million d’euros sur la table pour l’arracher à Paradou. Les débuts sont timides, freinés par la concurrence à son poste, jusqu’à une première titularisation obtenue en novembre 2024 contre Westerlo, à la faveur d’une suspension d’Étienne Camara. Depuis, il n’a plus quitté le onze carolo, jusqu’à cette saison de rupture qui a fini par attirer les regards de Lens, de l’Olympiakos… et d’un club de Premier League, Hull City, un temps intéressé.
Une mue physique qui évoque Sangaré
Sur le papier, la comparaison la plus naturelle reste celle avec Sangaré. Le Malien s’était imposé comme double pivot, infatigable dans la récupération haute, capable d’enchaîner les duels et de relancer le jeu avec un volume de passes conséquent. Il expliquait lui-même adorer « aller défendre sur l’adversaire », un trait de caractère qui avait fini par convaincre tout un championnat.
Titraoui coche une bonne partie de cette case-là. Repositionné cette saison d’ancien meneur reculé vers un rôle de sentinelle, il pointe déjà numéro 1 de toute la Jupiler Pro League à ce poste selon l’échelle Data’Scout. Même profil athlétique de premier plan : indices proches du maximum en courses à haute intensité, en distance parcourue en sprint et en nombre d’accélérations. Le genre de gabarit conçu pour presser haut et courir dans tous les sens, exactement ce que Lens demandait à Sangaré.
Mais un chantier défensif encore loin du niveau attendu
C’est là que le parallèle s’arrête. Le Malien avait explosé aussi par sa solidité dans le combat et sa capacité à gagner des duels, un secteur où Titraoui accuse justement un vrai retard. Seulement 8 duels aériens disputés la saison passée pour 17% de réussite, une précision de passe encore perfectible (46%), et surtout des interceptions et des duels défensifs jugés en dessous des standards du poste projeté à Lens. Le rapport de projection situe d’ailleurs l’Algérien à la 16e place sur 19 dans le classement interne du club, avec une note de 70.
Le comparatif direct avec Thomasson
Le document de scouting utilisé en interne à Lens compare justement Titraoui à… Thomasson, référence du poste avec une note de 94, la 3e meilleure du classement. Et le résultat est contre-intuitif : sur le radar technique, l’Algérien prend l’avantage sur les duels offensifs, les dribbles et les passes progressives, deux qualités qu’on associait plutôt à un profil de créateur comme le Français. En revanche, il reste nettement derrière sur les interceptions et les duels défensifs, alors même que Thomasson n’était pas réputé pour être un foudre de guerre dans ce registre.
Autrement dit, Titraoui n’est le clone d’aucun des deux. Il a le moteur et le repositionnement de Sangaré, sans (encore) sa science défensive. Il a une capacité de percussion balle au pied et une qualité de passe progressive qui rappellent certains standards offensifs de Thomasson, sans sa lecture du jeu ni son influence dans les transitions.
Un pari plus qu’une certitude
Le rapport de compatibilité interne à Lens ne s’y trompe pas : 61/100, catégorisé « pari raisonnable ». Le style colle, le physique est même jugé supérieur aux standards actuels de l’effectif, mais le niveau global reste en dessous de ce qu’affichait le duo sortant. À 23 ans et pour environ 8 millions d’euros, c’est un dossier qui ressemble moins à un remplacement qu’à un pari sur la marge de progression, sachant qu’il a snobé l’Olympiakos pour privilégier le projet lensois.
Après Michaël Cuisance, Thorgan Hazard, Maik Nawrocki et Michał Skóraś, le RC Lens tiendrait sa cinquième recrue du mercato estival et sa troisième recrue en provenance du championnat belge.
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