Un mois après avoir quitté le RC Lens pour rejoindre Crystal Palace, Pierre Sage a longuement justifié son choix dans un entretien accordé à L’Équipe. L’ancien entraîneur lensois revient sur sa communication, les premiers contacts avec l’Angleterre, l’argent, la Ligue des champions… Une mise au point qui répond à certaines critiques, mais qui en soulève aussi de nouvelles.
Dès la finale de la Coupe de France remportée par le Racing, Pierre Sage avait couru les plateaux. Téléfoot, Canal Football Club, After Foot… une tournée qui avait immédiatement alimenté les spéculations sur son avenir.
Pierre Sage assure pourtant que ce n’était pas son intention
« Mon idée de départ, c’était simplement de parler de la saison exceptionnelle qu’on avait vécue avec le RC Lens. »
Une version qui laisse toutefois dubitatif. Difficile de croire que cette succession d’interviews relevait du simple hasard, tant le sujet de son avenir semblait déjà occuper toutes les discussions. Beaucoup y avaient surtout vu une manière d’envoyer un message à la direction lensoise, alors que les discussions autour de son futur étaient déjà bien engagées.
Pierre Sage reconnaît néanmoins avoir été entraîné sur un terrain glissant
« Je me suis un peu fait piéger dans les questions du « oui ou non »… Ma priorité quand je réponds à une question, c’est l’honnêteté. »
L’explication peine toutefois à effacer le sentiment d’une communication brouillonne, où certaines déclarations semblaient déjà en contradiction avec les événements qui allaient suivre quelques jours plus tard.
Crystal Palace dans un coin de la tête depuis décembre
L’un des principaux enseignements de cet entretien concerne la chronologie du dossier. Pierre Sage révèle que Crystal Palace l’avait approché dès le mois de décembre :
« J’ai eu les premiers contacts à partir du mois de décembre (…) Je voulais simplement faire la saison et, à l’issue de la saison, prendre une décision. »
Selon lui, ces échanges n’ont jamais perturbé son travail au RC Lens et il affirme avoir informé ses dirigeants de l’existence de ces sollicitations.
En revanche, lorsque l’opportunité s’est concrétisée, il n’a pas souhaité la laisser passer : « Je me suis dit que le train ne repassera peut-être pas. »
Sur ce point, son raisonnement est parfaitement audible. À 46 ans, après une ascension tardive dans le métier, une deuxième saison moins réussie à Lens aurait probablement refermé les portes de la Premier League. C’est une logique de carrière qui peut se comprendre. Elle aurait sans doute gagné à être assumée pleinement dès le départ.
L’argent ? Une défense qui laisse des zones d’ombre
Accusé d’avoir privilégié un meilleur contrat, Pierre Sage balaie les critiques : « Si j’avais vraiment été le mercenaire qu’on a bien voulu que je sois, je serais allé en Arabie saoudite (…) Ma logique n’était pas financière, c’était celle d’entraîner en Premier League. »
Il rappelle également qu’en rejoignant Lens un an plus tôt, il avait accepté un salaire inférieur à celui qu’il percevait lors de son passage à Lyon.
Un argument recevable… mais incomplet. Lorsque Pierre Sage avait quitté l’OL, les propositions ne se bousculaient pas. Le RC Lens lui avait offert une opportunité de relancer sa carrière au plus haut niveau. Revenir aujourd’hui sur cet effort salarial pour démontrer que l’argent n’a jamais compté manque donc quelque peu de relief.
En revanche, personne ne peut lui reprocher d’avoir privilégié la Premier League à des destinations beaucoup plus lucratives comme l’Arabie saoudite ou la Turquie.
La Ligue des champions ? Une réponse habile
Reste une interrogation que beaucoup de supporters lensois continuent de se poser : pourquoi quitter un club qualifié pour la Ligue des champions ?
Là encore, Pierre Sage assume son choix : « Quand on me dit : « Tu ne vas pas jouer la Ligue des champions », je réponds : « Non, mais je jouerai la Ligue des champions tous les week-ends en Premier League. » »
La formule est élégante. Elle traduit surtout la perception qu’ont beaucoup d’entraîneurs du championnat anglais, considéré comme le plus relevé du monde.
Elle n’efface cependant pas complètement l’idée qu’il renonce malgré tout à une aventure européenne que tout entraîneur rêve normalement de vivre.
Une sortie qui laissera des regrets
Personne ne contestera le formidable travail accompli par Pierre Sage au RC Lens. En moins d’une saison, il aura ramené le club en Ligue des champions, remporté la Coupe de France et redonné une identité forte à une équipe qui semblait avoir perdu une partie de ses repères.
En revanche, sa communication autour de son départ restera sans doute le véritable point noir de son passage en Artois. À force de vouloir tout expliquer, parfois en se contredisant, parfois en donnant l’impression de réécrire certains épisodes, l’ancien technicien lensois n’a probablement convaincu que ceux qui l’étaient déjà.
Son aventure lensoise restera une réussite sportive. Sa sortie, elle, laissera davantage matière à débat.
Désormais, il ne manque plus qu’un acteur dans ce dossier : la direction du RC Lens. Depuis le départ de Pierre Sage, le club n’a jamais livré publiquement sa propre version des faits. Après les explications détaillées de l’ancien entraîneur, beaucoup attendent désormais que Benjamin Parrot, Jean-Louis Leca ou Joseph Oughourlian prennent, à leur tour, officiellement la parole.
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