L’échec Ligue1+, où va le football français ?

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Le football français a le don de transformer chaque éclaircie en nouvel orage. Dernier épisode en date : la crise autour de Ligue1+, la plateforme lancée par la LFP pour tenter de stabiliser les revenus télévisuels des clubs.

Alors que la chaîne avait sécurisé un accord avec la FIFA pour diffuser l’intégralité de la prochaine Coupe du monde, un investissement estimé à près de 20 millions d’euros, l’opération devait offrir une bouffée d’oxygène : trois mois de contenus premium durant la trêve estivale, l’objectif de 200 000 abonnés supplémentaires et un maintien du million existant. Une respiration financière bienvenue pour des clubs fragilisés après les échecs successifs de Mediapro, Amazon et DAZN.
Mais le scénario a brutalement basculé. beIN Sports, propriété du groupe dirigé par Nasser al-Khelaïfi, a finalement raflé les droits des Coupes du monde 2026 et 2030 pour un montant estimé à 60 millions d’euros. Une offensive de dernière minute qui a court-circuité la stratégie de la LFP.
Conséquence immédiate : Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, a annoncé vouloir quitter ses fonctions. « Je ne suis pas en état de poursuivre ma mission efficacement », aurait-il déclaré lors d’un conseil d’administration tendu. Arrivé au printemps 2025 pour remettre de l’ordre dans un paysage audiovisuel sinistré, l’ancien patron de M6 se retrouve à son tour fragilisé.
Les échanges auraient été vifs avec les représentants du Paris Saint-Germain, sur fond de soupçons de conflits d’intérêts. Côté beIN, on affirme avoir simplement saisi une opportunité commerciale, estimant qu’aucun accord définitif n’était scellé.

Cette nouvelle crise intervient alors que la gouvernance même de la Ligue vacille. Une réforme institutionnelle est en discussion et pourrait redistribuer les rôles au sommet. Entre dirigeants contestés et stratégie audiovisuelle chahutée, le football français avance à vue.
Ligue1+ devait être la planche de salut. Elle redevient un symbole d’instabilité. Et pendant que les autres grands championnats consolident leurs modèles économiques, la Ligue 1 continue de chercher le sien.
Cette séquence ne devrait pas seulement laisser des traces institutionnelles. Elle risque aussi de tendre un peu plus les relations entre Nasser al-Khelaïfi et Joseph Oughourlian, propriétaire et président du RC Lens.
Oughourlian avait été l’un des soutiens les plus fermes du lancement de Ligue1+, y voyant une voie d’indépendance et de stabilisation financière pour les clubs. Les échanges passés entre les deux dirigeants avaient déjà été marqués par des désaccords sur la gouvernance et la répartition des pouvoirs au sein du football français.

Dans ce contexte, voir la plateforme fragilisée par une offensive venue d’un groupe dirigé par le président du PSG ne peut qu’alimenter les crispations. À l’heure où la Ligue 1 aurait besoin d’un front uni pour sécuriser son modèle économique, cette nouvelle fracture entre figures majeures du championnat illustre une réalité persistante : au sommet, les intérêts divergent encore profondément.

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