Au printemps 2024, le RC Lens pensait réaliser un petit coup malin. Recruté pour environ 300 000 € en provenance du BATE Borisov, Sidi Bane cochait toutes les cases du parfait pari moderne : jeune défenseur, déjà exposé en Europe, présenté comme polyvalent et propre à la relance.
Un an plus tard, le constat est limpide : zéro minute en match officiel avec les pros, et un parcours déjà en pointillés.
Dès son arrivée, le dossier traîne. Problèmes administratifs, intégration retardée, préparation estivale manquée. Dans un club où l’intensité collective est une religion, commencer hors tempo revient souvent à courir après le train. Bane ne le rattrapera jamais.
La saison passe, sans apparition en équipe première. Pas une entrée en coupe, pas même un bout de match en championnat. En janvier 2025, Lens tranche : direction Annecy, en prêt en Ligue 2. Le club haut-savoyard précise alors que le joueur sort d’un passage en National 3 avec la réserve lensoise. Bilan : neuf matches, 738 minutes. Loin, très loin du renfort annoncé quelques mois plus tôt.
L’été suivant, aucune réintégration. Lens choisit la sortie définitive. Début août 2025, Bane s’engage au Portugal, à Vila das Aves. Là-bas, il joue enfin : dix matches, un but, un semblant de rebond. Mais l’aventure tourne court. Fin janvier 2026, une résiliation à l’amiable est actée, malgré un contrat courant jusqu’en 2027.
Libre, le défenseur s’apprête désormais à rebondir à Laval, qui cherche en urgence à compenser le départ de Théo Pellenard. Le profil colle parfaitement aux besoins de la Ligue 2 : jeune, déjà passé par le championnat, disponible immédiatement.
Reste enfin à identifier les responsabilités de ce flop discret. Au moment du recrutement de Sidi Bane, le RC Lens avançait sans véritable pilote à la tête de son recrutement. Mike Mode, annoncé le 30 mars 2024 comme responsable de la cellule, avait déjà quitté le navire le 4 avril, à peine arrivé. Quant au coordinateur sportif de l’époque, Frédéric Hébert, il se trouvait en fin de mission, dans un flou organisationnel peu propice aux paris structurés. Diego Lopez ne sera nommé que le 3 juin suivant.
Autrement dit, au printemps 2024, il n’y avait pas de “chef du recrutement” clairement identifié : les dossiers étaient gérés directement par la direction, avec Arnaud Pouille en première ligne, épaulé par l’encadrement sportif de Franck Haise. Le cas Sidi Bane ressemble alors moins à un accident isolé qu’à un recrutement sans véritable propriétaire. Et quand personne ne pilote vraiment, il n’est finalement pas si surprenant que le projet n’ait jamais décollé.
Le cas Sidi Bane ne choque pas par son prix. Il interroge par son inutilité sportive. Sur le papier, le recrutement était malin. Dans les faits, il n’a jamais dépassé le stade de la brochure. 300 000 €, ce n’est pas un scandale. Zéro minute en pro, c’est un signal.
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